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La nouvelle jeunesse du Lycée Français de New York23-29 septembre 2000, Spécial Éducation, Page XX.par Jean-Louis TurlinFrance Amérique. Reprinted by permission. Sep 28, 2000 C'est en quelque sorte le prototype des écoles françaises de l'étranger à la fois indépendantes et sous la tutelle pédagogique de l'Education nationale. Le Lycée Français de New York est une école privée dotée d'une mission d'intérêt public, celle d'assurer la scolarisation des élèves du système français, sans négliger la préparation aux universités américaines. « Condamné » à fonctionner à l'américaine, l'établissement se donne les moyens de ses ambitions, qui passent par le transfert de ses locaux sur un campus du XXIe siècle. «Nous n'avons nullement l'intention de devenir une copie conforme des écoles privées new-yorkaises, mais nous avons les mêmes charges que ces écoles, auxquelles s'ajoutent celles qui sont liées à nos locaux et à notre infrastructure française ainsi qu'à notre mission d'éducation ». Elsa Berry répond, sans y faire allusion directement, aux critiques qui s'inquiètent des ambitieux projets du nouveau conseil d'administration qu'elle préside depuis un an et demi, avec l'aide de son vice-président François Chateau. Certes, les frais d'inscription sont en augmentation de 8% pour l'année 2000-2001, après l'avoir été de 9% pour l'année précédente, mais ils restent bien en dessous de ceux des écoles privées américaines et la progression ne fait que refléter celle des coûts de fonctionnement : «Nous n'essayons pas de rattraper la concurrence. L'augmentation des frais n'est pas un objectif. Nous tenons à la diversité socio-économique et à la richesse culturelle de l'établissement et nous connaissons les limites contributives de la communauté française. Mais nous avons une responsabilité fiduciaire». L'entretien des locaux actuels, répartis sur trois campus, pèse sur le budget annuel d'environ douze millions de dollars et, contrairement à ses homologues américains, le Lycée Français, qui ne touche par ailleurs aucune subvention — il est accrédité par l'Education nationale mais non sous contrat avec l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger —, ne bénéficie ni d'une dotation, ni d'une tradition établie en matière de collecte de fonds annuelle. Mais tout cela est en train de changer. L'établissement s'est doté d'un «bureau du développement» sous la direction d'Evelyn Friedman, transfuge du Whitney Museum et d'écoles de Manhattan. Les méthodes américaines du «fund raising» doivent entrer dans les mÏurs françaises : «Nous devons lever des fonds pour compléter nos besoins budgétaires», explique Elsa Berry ; «pour cela, il nous faut créer un réflexe dans la communauté des parents qui sont invités, pour tous ceux qui le peuvent, à donner plus que les frais de scolarité, car ceux-ci ne peuvent pas couvrir tout le budget.» Par ailleurs, il sera fait appel à la générosité des entreprises françaises pour qu'elles accentuent leur participation financière, sans oublier les anciens élèves et diverses autres sources de soutien. Pas question de toucher à la nature d'une mission basée sur «la dualité d'un programme français et d'une gestion administrative et financière américaine rigoureuse». Mais la campagne annuelle de levée de fonds permettra d'amortir l'augmentation des frais de scolarité — ceux-ci sont désormais payables par fractions et par carte de crédit — en multipliant les bourses d'établissement, proposées quelle que soit la nationalité de l'élève, en fonction, simplement, des besoins. Un grand pas a déjà été fait dans cette direction, puisque le montant des bourses a été multiplié par 3 depuis trois ans pour atteindre 160 000 dollars aujourd'hui (les bourses d'Etat, dont le montant stagne, sont réservées aux élèves de nationalité française). Il est vrai que dans le même temps, le fruit des appels de fonds a été multiplié par 6 pour générer 365 000 dollars en 1999-2000, favorisant notamment l'investissement technologique avec l'acquisition de 40 ordinateurs, de 7 serveurs et d'un laboratoire multimedia. Le développement s'appuie sur une solide remise à niveau de l'outil de gestion. Un directeur administratif et financier a été engagé en la personne de Kim Barton, qui allie judicieusement le profil d'un comptable à son expérience d'ancien éducateur et chef d'établissement. La création d'un véritable «business office» s'est accompagnée d'un système informatif intégrant les banques de données du système comptable, des admissions, des levées de fonds et des anciens élèves. Aujourd'hui, souligne François Chateau, «nous avons de vrais budgets, des résultats mensuels et des prévisions de trésorerie. Nous avons une visibilité sur l'actuel et le long terme. Nous travaillons dans la transparence et nous pouvons prendre des décisions compliquées en connaissance de cause». Un nouveau lycée dans deux ou trois ans. Une décision tombant dans cette catégorie concerne les locaux actuels de la 72e, de la 93e et de la 95e rues: d'anciennes demeures bourgeoises reconverties, des bâtiments classés qui font la fierté du patrimoine architectural new-yorkais, mais peu propices à la fonctionnalité d'un établissement pédagogique du XXIe siècle. Le conseil d'administration a chargé un comité d'étudier la faisabilité et le coût d'une transformation. Conclusion: rester aux mêmes adresses «n'est pas une option» car la rénovation et la mise en conformité totale avec les normes de sécurité seraient «infinançables». Une seule solution: mettre le parc immobilier actuel en vente et acquérir un terrain suffisamment grand, toujours dans Manhattan, pour accueillir des bâtiments neufs et un campus unique. «Pourquoi maintenant ?» «C'est la question qui nous est souvent posée», avoue Elsa Berry. «La réponse, c'est que les problèmes se sont accumulés au fil des ans et qu'au bout d'un certain temps, ils sont de moins en moins gérables». Le moment est sans doute opportun compte tenu de l'excellente orientation du marché immobilier new-yorkais. La demande est telle que la vente, confiée à l'agence Massey Knakal, pourrait rapporter plus de cent millions de dollars. Des offres très encourageantes se sont déjà manifestées.La confiance règne donc au sein du conseil, et la collaboration d'une maison aussi respectée que J.P. Morgan ne peut que susciter celle des investisseurs et des banquiers. «Nous avons été plutôt conservateurs dans nos estimations», commente François Chateau, «et nous disposons d'une valeur immobilière largement suffisante pour garantir nos futures opérations d'acquisition et de construction». Tout devrait aller assez vite, car les négociations pour le nouveau terrain sont bien avancées quoique confidentielles à ce stade. Normalement, le transfert dans les nouvelles installations devrait se faire dans deux ou trois ans. En attendant, le Lycée imposera une clause pour continuer à disposer de ses locaux actuels jusqu'au transfert.Elsa Berry précise «qu'il ne s'agit nullement de doubler le nombre d'élèves», même si la saturation des trois campus existants, avec des effectifs qui dépassent cette année le millier d'élèves, est un facteur à prendre en compte. Le but recherché est «d'offrir aux élèves des qualités d'accueil, un cadre, un outil pédagogique et des conditions de travail en rapport avec notre époque», c'est-à-dire de «faire une école d'abord pour les enfants». Exemple: les classes ne dépasseront pas le plafond de 20 élèves, et le nouvel établissement comprendra une salle de sports digne d'une high school américaine. «Nous serons la seule école de New York à avoir des locaux neufs et conçus pour la pédagogie », assure François Chateau : «nous voulons en faire à la fois un outil et une vitrine pour la francophonie». Bref, le Lycée veut offrir le meilleur de deux mondes: la qualité et la rigueur académiques de l'enseignement français alliées aux traditions américaines de la participation aux activités sportives, artistiques, civiques et culturelles, dont l'éventail est illimité dans une ville comme New York. Elsa Berry est bien placée pour apprécier la complémentarité des deux systèmes: cette Américaine de parents francophiles a commencé sa scolarité au Lycée Français avant de s'installer avec sa famille à Paris. Pour elle, «la base de notre programme français est fondamentale. Il n'est pas question de faire du lycée une école new-yorkaise comme les autres. Nous tenons beaucoup à notre spécificité pédagogique et à notre diversité culturelle. Mais cela ne nous empêche pas d'intégrer certains aspects du système éducatif américain. Nous ne pouvons ignorer que deux tiers de nos diplômés poursuivent leurs études supérieures aux Etats-Unis».Le Lycée a d'ailleurs engagé une «college counsellor», Brooke Stengel, pour mieux faire connaître l'établissement auprès des universités américaines et y faciliter l'entrée de ses élèves. Politique qui a porté ses fruits avec l'admission précoce de huit d'entre eux à Columbia contre un seul l'an dernier. Mais le mouvement se fait aussi dans l'autre sens à la faveur de contacts avec les grandes écoles françaises et d'un partenariat d'échanges avec le Lycée Louis Le Grand à Paris. «Ce qui a été fait l'a été avec la communauté entière de l'établissement: le conseil d'administration, l'administration, les enseignants et les parents d'élèves», soulignent Elsa Berry et François Château: «la communication fonctionne entre toutes les composantes, notamment les dix comités de travail du conseil d'administration où tout le monde participe et l'association des parents d'élèves (APL)». La tendance est aujourd'hui à l'élargissement de la communauté d'établissement avec la création d'un comité consultatif, composé de personnalités de la communauté franco-américaine, d'anciens membres du conseil ou d'anciens élèves. Ce comité se réunira pour la première fois en octobre. Quant au conseil d'administration, dont les réunions plénières sont mensuelles et celles du comité directeur hebdomadaires, il a du pain sur la planche: la mise en place d'une stratégie pour les trois ou cinq années à venir. Le Lycée Français de demain est déjà né. |
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